Choisir un antidépresseur avec peu d’effets secondaires

Prendre un antidépresseur n’est pas un acte anodin. Derrière chaque ordonnance, il y a des histoires, des attentes, parfois des craintes. Les antidépresseurs peuvent soulager la dépression, le trouble anxieux social, les troubles anxieux plus larges, le trouble affectif saisonnier (TSA), la dysthymie ou une dépression chronique d’intensité modérée.

Ces médicaments visent à rééquilibrer l’action de certains messagers chimiques dans le cerveau. Les variations de ces neurotransmetteurs, notamment la sérotonine et la noradrénaline, sont souvent associées aux hauts et aux bas de l’humeur et aux troubles du comportement.

Les antidépresseurs existent depuis les années 1950, mais leur prescription s’est envolée au sein de la population en une génération, modifiant en profondeur l’approche du soin pour des millions de personnes.

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Les familles d’antidépresseurs

On classe les antidépresseurs en cinq grands groupes, chacun ayant ses particularités et ses indications.

ISRS et ISNR

Parmi les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (ISNR), certaines molécules reviennent souvent sur l’ordonnance :

  • citalopram (ISRS)
  • escitalopram (ISRS)
  • fluoxétine (ISRS, Prozac)
  • fluvoxamine (ISRS)
  • paroxétine (ISRS, Seroxat)
  • sertraline (ISRS, Zoloft)
  • venlafaxine (ISNR)
  • duloxétine (ISNR, Cymbalta)

ISNR

Les ISNR sont utilisés non seulement pour la dépression, mais aussi face à des troubles variés : troubles de l’humeur, TDAH, TOC, troubles anxieux, symptômes de la ménopause, fibromyalgie, douleurs chroniques d’origine nerveuse. Leur atout ? Augmenter la disponibilité de la sérotonine et de la noradrénaline dans l’organisme, renforçant l’équilibre émotionnel.

La duloxétine, la venlafaxine ou la desvenlafaxine font partie des médicaments couramment prescrits dans cette catégorie.

ISRS

En matière de prescription, les ISRS sont numéro un. Leur efficacité dans la dépression est bien documentée, et ils sont souvent mieux supportés que d’autres classes.

Ils fonctionnent en ralentissant la reprise de la sérotonine par les neurones. Résultat : la transmission des signaux entre neurones s’améliore, et les fluctuations de l’humeur s’apaisent.

On parle d’« inhibiteurs sélectifs » car ils ciblent prioritairement la sérotonine, laissant quasi intactes les autres voies chimiques.

Parmi eux, citons : citalopram (Cipramil), dapoxétine (Priligy), escitalopram (Lexapro), fluoxétine (Prozac), fluvoxamine (Fevarin), paroxétine (Seroxat), sertraline (Zoloft).

Effets secondaires des ISRS et ISNR

Les effets indésirables rapportés avec les ISRS et ISNR incluent fréquemment :

  • baisse de la glycémie
  • diminution du sodium
  • nausées
  • éruptions cutanées
  • bouche sèche
  • constipation ou diarrhée
  • perte de poids
  • transpiration accrue
  • tremblements
  • engourdissement
  • troubles sexuels
  • insomnie
  • maux de tête
  • étourdissements
  • anxiété ou agitation
  • pensées inhabituelles

Un surcroît de pensées suicidaires a aussi été observé, en particulier chez les adolescents au début du traitement.

Antidépresseurs tricycliques (ATC)

Les tricycliques comprennent plusieurs molécules souvent utilisées :

  • amitriptyline
  • clomipramine
  • désipramine
  • dosulepine
  • doxépine
  • imipramine
  • maprotiline
  • nortriptyline

La particularité de ces antidépresseurs tient à leur structure en trois cycles. Ils sont indiqués dans la dépression, mais aussi dans certaines douleurs chroniques, l’anxiété ou la fibromyalgie.

Effets secondaires des tricycliques

Ils peuvent entraîner les effets secondaires suivants :

  • convulsions
  • troubles du sommeil
  • anxiété
  • trouble du rythme cardiaque
  • hypertension
  • éruptions cutanées
  • nausées ou vomissements
  • crampes abdominales
  • perte de poids
  • constipation
  • difficultés à uriner
  • hausse de la pression intraoculaire
  • troubles sexuels

Parmi les références de cette famille : amitriptyline (Elavil), clomipramine (Anafranil), désipramine (Norpramin), doxépine (Sinequan), imipramine (Tofranil), nortriptyline (Pamelor), protriptyline (Vivactil), trimipramine (Surmontil).

Inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO)

  • tranylcypromine
  • phénelzine

Avant l’arrivée des ISRS, les IMAO figuraient en tête des options proposées. Ils bloquent l’enzyme qui décompose notamment la sérotonine, ce qui laisse davantage de ce neurotransmetteur à disposition du cerveau.

Ce mécanisme peut stabiliser l’humeur ou réduire l’anxiété lorsque les traitements classiques échouent. Mais leur usage nécessite une surveillance stricte en raison du risque élevé d’interactions et de contraintes alimentaires.

Effets secondaires des IMAO

On rencontre fréquemment :

  • troubles de la vision
  • convulsions
  • éruptions cutanées
  • gonflement
  • variation du poids
  • troubles sexuels
  • troubles digestifs
  • anxiété
  • problèmes de sommeil
  • maux de tête ou vertiges
  • troubles du rythme cardiaque
  • malaise, étourdissement au lever
  • hausse de la tension artérielle

Antidépresseurs tétracycliques

  • mianserine
  • mirtazapine

Les tétracycliques, comme la mirtazapine (Remeron) ou la miansérine, agissent sur différents troubles : anxiété, troubles de la personnalité, dépression. Leur mode d’action s’écarte des autres familles, apportant de nouvelles solutions pour certains patients.

Effets secondaires des tétracycliques

Les principaux effets indésirables incluent :

  • somnolence
  • augmentation de l’appétit et prise de poids
  • constipation
  • bouche sèche
  • vision trouble
  • vertiges
  • chute du nombre de globules blancs
  • réactions allergiques sévères (dans de rares cas)

Le mécanisme d’action des antidépresseurs

Le fonctionnement des antidépresseurs repose sur une modification de la transmission des signaux nerveux, en agissant sur l’équilibre des neurotransmetteurs. Certains augmentent la sérotonine, d’autres la noradrénaline ou la dopamine, selon la molécule. Cette modulation finit par reconfigurer l’humeur, souvent après quelques semaines de traitement.

Effets secondaires des antidépresseurs : ce qu’il faut savoir

Les effets indésirables se manifestent généralement durant les deux premières semaines et tendent à s’atténuer avec le temps. Nausées ou anxiété figurent au tableau de départ, mais chaque médicament a un profil spécifique. En cas d’effets inhabituellement intenses, ou s’ils s’accompagnent de pensées suicidaires, il convient de solliciter son médecin rapidement.

Parmi les signes à surveiller en cours de traitement antidépresseur :

Excès d’activation de l’humeur et du comportement

Dans de rares situations, une manie ou une hypomanie survient. L’antidépresseur ne crée pas à lui seul un trouble bipolaire, mais il peut révéler une vulnérabilité sous-jacente.

Pensées suicidaires

Certains patients signalent une augmentation des idées suicidaires lors des premiers jours de prise. Cette évolution peut résulter du traitement, du délai d’action ou d’un trouble sous-jacent mal stabilisé, qui impose un ajustement thérapeutique.

Arrêt des antidépresseurs et symptômes de sevrage

Les antidépresseurs ne créent pas de dépendance chimique. Il n’est pas requis d’augmenter les doses au fil du temps pour maintenir l’efficacité.

Cependant, près d’une personne sur trois qui utilise un ISRS ou un ISNR décrit l’apparition de symptômes de sevrage à l’arrêt du traitement : vertiges, insomnies, sensations électriques désagréables, irritabilité, etc.

Lire aussi : arrêter de prendre des antidépresseurs

Dans quelles situations prescrit-on des antidépresseurs ?

L’usage des antidépresseurs ne s’arrête pas à la dépression. On les prescrit aussi dans d’autres contextes tels que :

  • états d’agitation
  • trouble obsessionnel compulsif (TOC)
  • énurésie de l’enfant
  • épisodes dépressifs, trouble dépressif majeur
  • anxiété généralisée
  • trouble bipolaire
  • état de stress post-traumatique (ESPT)
  • trouble anxieux social

On observe également des cas où l’antidépresseur est utilisé pour d’autres motifs que ceux reconnus, c’est la pratique dite « hors AMM » :

  • insomnie
  • douleurs chroniques
  • migraines

Près de 30 % des prescriptions concernent des usages hors indication officielle.

L’efficacité des antidépresseurs : patience et suivi

La réponse à un antidépresseur ne se fait pas sentir dès les premiers jours. Plusieurs semaines d’attente sont souvent nécessaires, d’où le risque de découragement précoce.

Le manque d’efficacité peut s’expliquer par différents facteurs :

  • choix de molécule inadéquat
  • absence de suivi rapproché
  • besoin d’associer une psychothérapie (notamment la thérapie cognitivo-comportementale)
  • irrégularité dans la prise du traitement

Un échange régulier avec le médecin, une éventuelle adaptation du dosage ou le changement de molécule s’avèrent alors utiles, jusqu’à trouver la formule la plus efficace et tolérable.

Il est capital de ne pas interrompre prématurément le traitement : le bénéfice ne survient le plus souvent qu’à partir de la troisième ou quatrième semaine. La régularité et l’endurance dans la prise jouent tout leur rôle dans la réussite d’un traitement antidépresseur.

Durée du traitement antidépresseur

D’après les recommandations britanniques, entre cinq et six personnes sur dix constatent une nette amélioration sous antidépresseur. La consigne : poursuivre le médicament durant au moins six mois après la disparition des symptômes pour limiter la rechute.

Quand plusieurs épisodes dépressifs ont été recensés par le passé, le traitement devra parfois être maintenu deux ans, voire davantage si les rechutes sont fréquentes. Dans des cas très inhabituels, un traitement prolongé peut même modifier certains équilibres biochimiques et majorer certains effets indésirables.

Antidépresseurs et grossesse

La poursuite d’un antidépresseur durant la grossesse requiert un échange approfondi avec le médecin. La prise d’ISRS durant cette période a été reliée à un risque accru de fausse couche, prématurité, faible poids de naissance, voire de malformations. D’autres complications maternelles, comme l’hypertension pulmonaire persistante chez le nouveau-né ou des hémorragies, peuvent aussi survenir.

Une étude menée sur plusieurs dizaines de milliers de grossesses suggère un risque de prééclampsie renforcé lors des traitements par ISNR ou tricycliques, sans certitude sur le lien direct avec la molécule ou la maladie elle-même.

Des publications récentes notent également qu’un tiers des nouveau-nés exposés in utero présente un syndrome de sevrage : troubles du sommeil, tremblements, pleurs excessifs y sont fréquents.

Chez la souris, l’exposition au citalopram pendant la grossesse laisse présager un impact sur le développement du cerveau. Tout arrêt brutal ou prolongation du traitement nécessite donc une discussion individualisée afin d’évaluer les risques respectifs chez les femmes les plus vulnérables à une rechute sévère.

Le dialogue avec la ou le professionnel de santé reste incontournable. Dans certains cas, d’autres pistes peuvent s’ouvrir : thérapie cognitive et comportementale, méditation, yoga, lorsque la situation clinique le permet.

Antidépresseurs et allaitement

Certains antidépresseurs, tels que la sertraline ou la nortriptyline, passent très peu dans le lait maternel. Après les premières semaines, le nourrisson est souvent capable de métaboliser ces substances presque comme un adulte.

Le choix de poursuivre le traitement durant l’allaitement dépend de plusieurs paramètres :

  • état de santé général du bébé
  • éventuelle prématurité
  • risque de rechute maternelle
  • quantité de médicament présente dans le lait (selon la molécule)

Des études ont montré que les femmes traitées durant la grossesse peuvent avoir plus de difficultés à installer l’allaitement, le rôle de la sérotonine dans la production lactée étant mis en cause par certains chercheurs.

Alternatives aux antidépresseurs

À savoir : la dépression reste toujours une maladie sérieuse et nécessite un accompagnement médical. En cas de symptômes durables ou invalidants, il est indispensable de consulter un spécialiste.

Psychothérapie

Les thérapies telles que la thérapie cognitivo-comportementale, ou d’autres formes d’accompagnement psychologique, ont toute leur place, seules ou en complément des antidépresseurs.

Le millepertuis

Le millepertuis, disponible en complément alimentaire, est parfois employé dans certains cas. Toutefois, ce remède n’est pas anodin, et de nombreuses interactions sévères existent avec d’autres médicaments. Notamment :

  • L’association millepertuis et antidépresseur peut provoquer un excès de sérotonine, potentiellement dangereux.
  • Le millepertuis peut aggraver les troubles chez les personnes présentant une vulnérabilité bipolaire ou une schizophrénie. Dès la moindre suspicion de dépression bipolaire, son usage doit être évité.
  • Des interactions sont aussi signalées avec certains contraceptifs, traitements cardiaques, la warfarine ou certains médicaments contre le VIH ou les cancers.

Aucune prise de millepertuis ne doit se faire sans un avis du médecin ou du pharmacien. L’effet réel de ce produit reste sujet à débat scientifique.

Luminothérapie

En cas de dépression saisonnière, la luminothérapie peut représenter une option. S’exposer chaque matin à une lumière bien spécifique, de 20 à 60 minutes, permet parfois d’atténuer les symptômes, avec des lampes que l’on trouve facilement en pharmacie ou en ligne.

Vitamine D

La vitamine D est parfois conseillée pour lutter contre la dépression hivernale, mais les résultats des études sont inégaux d’une personne à l’autre.

Hygiène de vie : alimentation et exercice

Les conseils classiques gardent tout leur poids : varier son alimentation, maintenir un minimum d’activité physique et préserver les relations sociales. Ces trois facteurs protègent contre la survenue d’une dépression comme contre les rechutes.

Sources

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