En 2022, près d’un professionnel de santé sur cinq envisageait de quitter son poste, principalement en raison de conflits éthiques internes. L’adhésion à certains principes ne garantit ni l’absence de dilemmes, ni l’uniformité des pratiques. Les règles du secteur imposent parfois des choix opposés aux convictions individuelles.Certaines directives institutionnelles contredisent les attentes morales traditionnelles, créant des tensions au sein des équipes. Les priorités affichées dans les politiques de santé ne correspondent pas toujours à celles vécues au quotidien.
Les valeurs des soignants, un socle commun au-delà des métiers
Dans le domaine des soins, ce qui rassemble avant tout, c’est ce noyau de principes partagés qui transcende les silos professionnels. Infirmiers, aides-soignants, auxiliaires de puériculture, IPA, infirmières de l’Éducation nationale ou du secteur santé au travail : chaque fonction véhicule une même exigence d’engagement envers la personne, mais aussi envers la société. Ce socle invisible guide la pratique et colore la relation avec les patients, tout en donnant du relief au travail d’équipe et aux échanges quotidiens entre acteurs du système de santé français.
Dans la réalité du terrain, la reconnaissance professionnelle, la solidarité ou le respect, envers la personne ou le groupe, jouent un rôle d’appui inestimable. La profession infirmière, à 87 % féminisée, est souvent décrite comme la colonne vertébrale du soin, avec plus de 600 000 infirmiers dénombrés depuis 2014. Malgré une présence massive, la valorisation du rôle demeure un sujet qui fait encore bouger les lignes. C’est la preuve que l’expérience et le savoir-faire accumulés sur le long terme ont besoin d’être pleinement reconnus.
Chaque soignant apprend très tôt à accorder ses propres valeurs à celles du groupe professionnel. Prendre soin, c’est bien plus que maîtriser des techniques : c’est affirmer la dignité, soutenir l’autonomie, considérer sans condition l’existence de l’autre. Tout démarre à la formation initiale, puis s’affine et se conforte au fil du parcours. Cette posture s’inscrit durablement, influençant chaque décision, chaque acte.
Quand le rythme des réformes s’accélère, quand le système vacille sous les injonctions, ces repères fondamentaux servent d’ancrage pour garder du sens dans l’action. Ils constituent la boussole dont tous les groupes professionnels ont besoin pour maintenir une pratique fidèle à l’éthique du soin.
Pourquoi ces valeurs sont-elles essentielles dans la pratique quotidienne ?
Un soin n’est jamais une suite de gestes neutres ou automatiques. Tout repose sur l’instauration d’une relation humaine faite de confiance, de considération et de vigilance. C’est cet espace de respect, d’écoute et de bienveillance qui rend possible l’adaptation fine aux situations rencontrées, d’un patient à l’autre, d’un contexte à l’autre.
La prévention prend une place majeure, au cœur des missions. Réduire les inégalités d’accès aux soins, intervenir en amont, signaler, accompagner : le rôle du soignant ne se limite jamais aux murs d’un service. Il s’inscrit dans la cité, dans la société, partout où des personnes ont besoin de soutien ou de repères pour préserver leur santé.
L’exercice professionnel, à la frontière de la haute technicité et de la relation, fait appel à tout un éventail de compétences. L’alliance entre la cohésion d’équipe, la reconnaissance, la maîtrise des savoirs et la force des qualités humaines, crée la dynamique nécessaire à la sécurité et à la qualité des soins au quotidien. Face aux situations imprévisibles, seul ce socle solide permet de se réajuster sans perdre l’essentiel.
On peut résumer les grands piliers de cette pratique ainsi :
- Confiance : la clé de tout accompagnement réel du patient.
- Respect : ce qui rend le dialogue possible et garantit la dignité.
- Écoute et empathie : elles ouvrent la voie à un suivi individualisé.
- Engagement : ce ressort intime qui fait tenir, jour après jour.
Éthique, empathie, engagement : zoom sur les piliers du métier de soignant
L’éthique irrigue chaque geste et chaque choix dans le soin. Concrètement, elle se manifeste par le refus de toute instrumentalisation du patient, par la volonté farouche de défendre sa dignité et de lui proposer un accompagnement juste, adapté. Les soignants s’appuient sur la responsabilité, la rigueur et la reconnaissance mutuelle au sein de l’équipe pour affronter les dilemmes.
L’empathie vient compléter cette palette. Bien au-delà de la compassion instinctive, elle suppose de saisir vraiment ce que vit la personne en face, d’écouter activement, d’ajuster sa posture. Pendant longtemps sous-estimées, les compétences émotionnelles et sociales prennent maintenant toute leur place dans la formation : elles font partie intégrante de la qualité du soin.
L’engagement au quotidien s’incarne dans la persévérance, le collectif, la lutte pour la réduction des inégalités de santé. Avec plus de 600 000 infirmiers et une profession féminisée à 87 %, la dynamique reste forte. La demande de reconnaissance s’exprime dans le besoin de valoriser la technicité et surtout l’expertise développée au fil des années.
Concrètement, ces piliers prennent la forme de points d’appui quotidiens :
- Altruisme : c’est bien l’intention qui précède chaque compétence technique.
- Cohésion d’équipe : pour assurer sécurité et qualité des tâches accomplies ensemble.
- Compétence professionnelle : la combinaison d’expertises techniques, de savoirs pratiques et d’intelligence humaine.
Des ressources pour approfondir la réflexion sur les valeurs en santé
La question des valeurs des soignants ne se réduit pas à la formation initiale ou à l’expérience de terrain. Le cursus infirmier s’appuie sur un référentiel riche, exigeant, qui lie compétences techniques, posture éthique et questionnement approfondi. Dès les premières années, la simulation en santé, promue par la Haute Autorité de Santé, permet de s’exercer à l’empathie et à la décision éthique dans des situations complexes. Tout au long de la carrière, l’analyse de pratiques invite à remettre les repères en discussion, à faire évoluer sa posture.
Pour mieux éclairer ce socle de valeurs, différents organismes fournissent des ressources solides. Des données précises sur la démographie infirmière, publiées chaque année par la DREES, servent à comprendre comment la profession évolue et quelles attentes émergent autour de la reconnaissance. Les axes forts de la politique de prévention, portés par le Ministère de la Santé avec le Plan National de Prévention, rappellent que la formation à la prévention et la lutte contre les inégalités sont parties prenantes de l’éthique professionnelle du secteur.
Les futurs soignants bénéficient aujourd’hui de dispositifs d’accompagnement pour réfléchir à leurs motivations profondes. Après la formation initiale, la simulation et le service sanitaire, rendus obligatoires pour tous les étudiants depuis 2018, renforcent cette capacité à s’interroger sur la dimension humaine du métier et sur la qualité réelle de l’accompagnement.
Pour ceux qui souhaitent approfondir, plusieurs types de ressources méritent une attention particulière :
- Guides et référentiels proposés par la Haute Autorité de Santé ou les ministères
- Études et rapports de la DREES sur la démographie et les évolutions des pratiques
- Modules de simulation et dispositifs d’analyse en groupe de la pratique professionnelle
Ce faisceau de ressources façonne une culture partagée du soin, où éthique, engagement et responsabilité délimitent le cap. Et demain, face à chaque nouvelle crise ou à chaque avancée, ce calibrage intime du métier saura encore guider avec force celles et ceux qui placent l’humain avant toute autre priorité.
